deauville 14800

« De simples barrières de bois blanc, d’un mètre de haut environ délimitent l’espace sacré, celui où le commun ne peut entrer. Mais les heureux élus, loin d’être à l’abris des regards paraissent au contraire en représentation, offrant le spectacle d’une réunion mondaine et d’un déjeuner, abrités sous de grand dais, largement ouverts. Tout se passe comme si on était là pour être vus » 1

Cet « espace sacré », le rond de présentation où défilent les chevaux avant les courses, attire en masse la curiosité des vacanciers, passionnés ou non de courses hippiques, ainsi que les acteurs principaux de cette industrie du pari ; les propriétaires, les éleveurs, chevaux de pure sang et gens de sang noble. Chacun à sa place, les espaces réservés délimitent néanmoins une étonnantes et rare proximité entre deux mondes diamétralement opposés. Certains dégustent les coupes offertes par un grand nom de la joaillerie tandis qu’autour, sous les bobs et casquettes, on cherche à reconnaitre les People et on s’affaire à parier quelques euros. Sur la plage, là encore les destins se croisent, mais sans jamais s’arrêter, sinon pour le commun des mortels, devant les cordes marines tendues à un mètre au-dessus du sable, solidement arrimées au resort. C’est ainsi qu’entre écrins et crins se dessine un vaste paysage social autour des planches et des cabines de stars. Chaque été, en août comme en septembre, Deauville refait son cinéma.

1- Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot , Voyage en grande bourgeoisie, 2005, PUF