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Sentinelles perchées semblant observer et toiser le passant. Arbres taillés devenant tours de guet, miradors, dressés ça et là au gré des rues. La Lumière est douce, les feuilles éparses. Une poésie urbaine se matérialise au travers de créations originales. Tout commence par la rencontre fortuite d'un jardinier et d'une soucoupe volante, suivi d'un casting d'arbre sur street view. Erwan Fichou sélectionne ses sujets, ses décors et y insère des modèles. Mexico, dans sa démesure, véritable « bête humaine » est aussi un lieu où l'artiste trouve un terrain de jeu à sa mesure. Ces îlots de verdure éveillent l'imagination et invitent à l'évasion. Respiration, parenthèse paisible au sein de cette mégalopole en permanente effervescence. La réalisation fut, selon lui, « chaotique » par ses imprévus et ses rendez-vous manqués avec les jardiniers, les modèles ou les passants invités à grimper, tout comme les rendez-vous innopinés avec les forces de l'ordre locales. Chaos ordonné. La ville est un espace de contrôle où la nature est modelée et structurée par l'homme qui s'approprie l'espace. Le photographe insiste sur l'aspect biologique de ce territoire. Son travail n'est pas seulement artistique, mais s'inscrit dans une réflexion plus vaste. L'espace urbain n'est pas simplement un décor. Comme Erwan Fichou le souligne, « il catalyse des envies, des idées, des pensées voire des pratiques, à résonance irrémédiablement sociales et politiques ». Finalement ce n'est guère l'action photographique qui importe mais bien cette habilité qu'a l'image de susciter des réactions. Réactions conditionnées par un vécu, un système de représentations propre à chaque individu, qui fait que chacun de nous projette autour de l'œuvre un cadre et surtout des limites qui construisent alors une réalité que l'on peut légitimement qualifier d'intime. « Notre sensibilité contemporaine nous prédispose à la prophétie et non à l'histoire, nous vivons dans un monde d'images qui précèdent la réalité, nous ne cherchons pas la vision, sinon le déjà-vu 1 ». Cécile Lapouge.
1- Joan Fontcuberta, Le Baiser de Judas, Acte Sud, 2005